Ajuga reptans, lamiaciées

Cette petite plante négligée par la science moderne en ce qui concerne ses propriétés médicinales est plus familière aux promeneurs qu’aux lecteurs de livres de phytothérapie dans lesquels elle ne figure souvent pas. Cependant, elle fait actuellement un retour dans le domaine des anti-douleurs, suscitant un regain d’intérêt pour ses possibles bienfaits. Son avantage supplémentaire réside dans sa localité, offrant ainsi une alternative plus accessible comparée à des plantes telles que l’harpagophytum importée de contrées lointaines.
Botanique


La bugle est une plante vivace originaire d’Europe, de certaines régions d’Asie et d’Afrique du Nord. Elle est couramment présente dans les prés maigres humides, le long des chemins forestiers et dans les pâturages de montagne. Appartenant à la famille des lamiacées, elle est « cousine » des menthes, marjolaines et autres lavandes. Ses fleurs bleu-pourpre sont disposées en épi verticillé et éclosent de mai à juillet. La corolle présente une seule lèvre, avec une lèvre inférieure découpée en 3 lobes inégaux et une lèvre supérieure à peine dessinée. Les feuilles basales sont ovales, légèrement dentées et munies de pétioles, tandis que les feuilles supérieures, opposées par paires, sont sessiles. Sa tige, quadrangulaire et velue, se propage par stolons. Le nom latin Ajuga dérive de « Abiga », signifiant chasser ou délivrer. La bugle est également appelée petite consoude. Il existe 5 espèces de bugle, dont 3 à fleurs bleues (bugle rampant, pyramidale et genevoise), une à fleur jaune (l’Ivette, commune) et la dernière à fleurs pourpres (l’Ivette musquée).
Histoire
Au XIII ème siècle, les Allemands en faisaient grande éloge en déclarant qu’elle l’emportait pour soigner les plaies sur toutes les autres plantes, lui donnant ainsi le nom de Wundkraut (l’herbe aux plaies). Un ancien dicton dit : « Qui a la bugle et la sanicle fait au chirurgien la nique ». Au XVII, Culpeper en faisait également l’éloge: « La décoction de feuilles et de fleurs en vin liquéfie le sang coagulé chez les personnes souffrant de contusions internes dues à une chute ou à d’autres chocs. Elle est très efficace contre toutes les plaies, les poussées ou les élancements dans le corps ou les intestins. »
Le Dr. Leclerc en parle par contre comme la « plus résolument inerte des herbes ». Et Cazin, un siècle plus tôt, n’a pas été non plus très élogieux avec elle : « Ce vulnéraire si vanté guérit uniquement les plaies que la nature seule conduirait très bien à cicatrice ». A la Renaissance, on la revalorise, mais elle reste avant tout la panacée vulnéraire du médecin de campagne, censée agir tant sur les plaies, coupures, blessures, ulcères que sur des hémorragies plus sérieuses. On l’a par ailleurs beaucoup employée contre l’asthme, la diarrhée et la goutte et comme antivenimeuse. Fait intéressant, les usages traditionnels d’autres régions comme l’Australie ou le Maghreb corroborent ces indications.
Il est troublant de constater comment une plante peut être perçue de manière si contrastée à travers les époques et les sources. Tandis que certains lui accordaient des vertus presque miraculeuses dans le traitement des blessures, d’autres la considéraient presque avec dédain. La bugle incarne ainsi la richesse et la diversité des approches médicinales à travers le temps.

Composés
Peu de sources citent ses composés, mais elle aurait des principes amers dont on n’ignore plus l’action sur la sphère hépatobiliaire, des tanins (astringents et cicatrisants), des acides-phénols et des flavonoïdes, quelques traces d’essence aromatique, une phytoecdysone (hormone stéroïdienne)et enfin des glucosides iridoïdes dont l’harpagoside, anti-inflammatoire et antalgique.
Les harpagosides, que l’on retrouve dans la bugle rampante, l’harpagophytum ou la scrofulaire noueuse inhibent l’activation du NF-kappa-B (une protéine de la superfamille des facteurs de transcription impliquée dans la réponse immunitaire et la réponse au stress cellulaire) qui déclenche toute une cascade de fabrication de médiateurs de l’inflammation à partir de l’acide arachidonique.
Propriétés
Très récemment, une étude in vitro a montré la capacité de la bugle à inhiber la prolifération de plusieurs germes. Certains phytothérapeutes la réhabilitent actuellement et la prescrivent, en complément, pour soulager les douleurs et les inflammations de l’endométriose ou de la fibromyalgie (magazine Plantes et Santé).
- astringente
- tonique
- fébrifuge
- action cicatrisante, vulnéraire et hémostatique sur les petites coupures
- action anti-douleur, antalgique
- laxative douce
Usages thérapeutiques
- Maux de gorge, angine, inflammations bucco-laryngées
- Ulcère gastro-intestinal, diarrhée
- Insuffisance biliaire
- Hémorragies, hémoptysie, plaies
- Douleurs rhumatismales légères
- Infusion de sommités fleuries 1cs (toux, bronchite, dilatation des bronches, ulcère gastroduodénal, diarrhées, règles abondantes, hémorroïdes : 2 à 3 tasses par jour, en cure renouvelable).
- Décoction de sommités fleuries
- Cataplasme de feuilles fraîches en externe
- Teinture-mère (en traitement d’appoint contre la dilatation bronchique, mais également la fibromyalgie et l’endométriose ou contre les contractures musculaires douloureuses : prendre 20 à 50 gouttes diluées dans l’eau, 2 à 3 fois par jour. C’est sous cette forme que les phytothérapeutes prescrivent la bugle le plus souvent).
Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations
Etant donné que le bugle est pour le moment peu documenté, il est difficile d’affirmer que cette plante peut représenter ou non un quelconque danger à travers un emploi en phytothérapie.
En cuisine
Ses fleurs peuvent décorer et ses jeunes feuilles peuvent être utilisées à la manière des endives, mais ensuite elle devient assez amère.
Au jardin
La bugle peut devenir une plante ornementale qui convient à de nombreux types de jardin, en plate-bandes comme couvre-sol ou comme bordure. On en trouve plusieurs variétés cultivées.

Bibliographie
-Fleischhauer, Guthmann et Spielgelberger, Plantes sauvages comestibles, 2019, Ulmer
-Fournier P, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, 2010, Omnibus
-Lieutaghi P, La plante compagne, 1991
https://phytochem.nal.usda.gov/phytochem/plants/show/4877
Magazines Plantes et Santé https://www.plantes-et-sante.fr/articles/jardin-medicinal/5558-rehabilitons-la-bugle-rampante

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