La primevère

Primula veris, Primulacées

La clé du printemps et des encombrements respiratoires

Fleurs jaunes de Primula veris, avec des pétales distincts et une tige verte, entourées de feuilles vertes, dans un environnement naturel.

Botanique et écologie

La primevère est répandue en Asie centrale et mineure ainsi qu’en Europe. On la trouve au bord des chemins ou dans les prés jusqu’à une altitude de 1500m. Ses feuilles, en rosette, sont ovales un peu velues sur leur face inférieure avec des nervures bien dessinées. Elles se rétrécissent à leur base. Ses fleurs ont un tube jaune vif à 5 lobes avec des taches oranges dépassant le calice vert clair. Elles sont réunies par grappes de 5 ou 6, pendantes au bout de la tige dressée.

Il y a plusieurs sortes de primevères, 32 en Europe, dont la plupart poussent en montagne. Primula eliator ressemble à Primula veris, mais ses fleurs ont des coroles plus claires et plus grandes sans lignes oranges. Seule la veris a un parfum que l’on peut utiliser en cuisine. Toutes les primevères récoltées dans un lieu sauvage sont comestibles.

Sa fleur pendante a une particularité botanique et écologique, un dispositif d’anti-consanguinité. Certaines fleurs ont ainsi un pistil long et des étamines courtes et d’autres le contraire, favorisant le pollen venant d’une autre plante à la visite de l’insecte. Il y a aussi une variation de la taille du pollen et des poils des stigmates suivant les fleurs, entrainant une facilité d’approche ou pas du pollen. Et finalement, il existe un dispositif d’auto-incompatibilité reconnaissant l’empreinte génétique des éléments mâles et femelles qui empêchent le pollen de germer sur les pistils de la même fleur.

Cette plante est bio-indicatrice d’un sol calcaire avec manque d’azote et de matière organique animale.

Un petit papillon de jour, le lucine pond ses oeufs sur le dessous des feuilles. La chenille les mange de manière particulière en laissant le bord et les nervures. La primevère fournit un nectar abondant apprécié à la sortie de l’hiver.

Histoire

A l’Antiquité, la plante ne poussant ni en Grèce ni en Italie, il n’est pas fait mention de la primevère. Au 12ème siècle, Hildegarde de Bingen la conseillait pour fortifier les nerfs et apaiser la mélancolie. A la Renaissance, elle a été vantée par plusieurs auteurs botanistes pour des vertus contre la paralysie, l’apoplexie, le bégaiement, les vertiges et migraines nerveuses. Sa réputation a ensuite été dépréciée au 19ème siècle. Elle est revenue sur le devant de la scène grâce à des chercheurs allemands au 20ème siècle..

A travers les Ages, elle a été associée au renouveau, à l’espérance et à la fertilité. Au 17ème siècle, elle est symbole de libertinage.

Constituants

Racines: des saponosides triterpéniques (type oléane à chaîne sucrée), des traces d’acide salicylique, des sucres rares (heptoses,…) et des hétérosides alcooliques ainsi que des tanins.

Les feuilles sont riches en Vit C et en sels minéraux (Mg et K). Elles renferment également des saponines, des glucosides et diverses substances.

Fleurs jaunes de primevère avec des feuilles en rosette sur un sol herbeux.

Indications

Expectorante en raison de ses saponosides, pour les bronchites, toux, refroidissements, fluidifier les mucosités bronchopulmonaires, l’asthme. Selon Wichtl et Anton, les saponosides de la primevère seraient des inhibiteurs de croissance de bactérie et de champignons (Candida albicans,..) et auraient des propriétés antivirales (Influenza A). Elle serait en outre diurétique, antispasmodique et analgésique, utiles en cas de névralgies, maux de tête, goutte,… On l’utilise traditionnellement aussi comme traitement d’appoint adoucissant et antiprurigineux contre les affections dermatologiques comme les crevasses, écorchures, gerçures, contusions.. Appliquée en compresse, la décoction constitue un remède pour les randonneurs aux pieds meurtris.

Les fleurs adoucissantes et calmantes entrent dans des mélanges pour le stress, la surexcitation et le sommeil en particulier des enfants. Et également dans le cadre des encombrements bronchiques, mais elles auraient moins de force que la racine, car elles ne contiennent ni salicycates ni saponines. On les utilise comme sudorifiques lors de rhume fébrile et maux de tête avec congestion nasale.

Aucune contre-indication ni interactions médicamenteuses connues, mais des troubles digestifs et des nausées peuvent quelquefois survenir en cas de surdosage.

Des confusions ont été trouvées dans le commerce avec des racines de Dompte-venin, Vincetoxicum, dont l’aspect extérieur est semblable. Ces racines comme leur nom latin l’indiquent sont toxiques! Les laboratoires doivent normalement faire un examen UV pour les détecter.

Certaines personnes peuvent être allergiques au genre Primulacées, surtout aux horticoles. La Primula obconica, une espèce ornementale importée de Chine, peut provoquer de graves allergies de contact.

Galénique

  • tisane: racines 0,2 à 0,5 gr infusées 5 min. Toutes les 2-3h avec du miel comme expectorant. Ou selon Fournier, 20 à 30 gr de racines/litre d’eau. Ou 2gr de fleurs.
  • huile macérée (plante entière avec les racines): pour frictionner le thorax ou les membres douloureux
  • alcoolature: 10 gtes dans un verre de jus d’orange ou de citron contre la toux

On récolte de préférence les racines au cours de la 3ème année. Les fleurs sont récoltées en début de floraison. On peut également ramasser les feuilles avant floraison.

Tisane de printemps: Feuilles de pissenlit, orties, violette, véronique, bouleau et de fleurs de primevère. 15 gr de chaque plante. 2cc par tasse.

Tisane bonne nuit: 30gr aspérule, 20gr matricaire, 30gr primevère. 5 gr du mélange pour 1 tasse.

Un groupe de fleurs jaunes de Primula veris, la primevère, poussant dans une prairie verdoyante.
Primevères et gentianes annonçant le printemps en montagne

Cuisine

Les feuilles ont une très légère odeur d’anis et une saveur agréable, un peu piquante. Les racines dégagent également une odeur d’anis. Mâchées telles quelles, elles irritent la bouche. Cependant, on peut les utiliser pour aromatiser des boissons ou des légumes. Elles peuvent aussi être utilisées pour faire saliver.

  • feuilles en salade ou en soupe
  • fleurs en décoration
  • fleurs (uniquement de l’officinale) en mousse
  • vin de fleurs
  • sirop ou gelée
  • biscuits
Des bocaux de gelée artisanale étiquetés avec les noms de fleurs, dont primevère, sureau, lilas, coquelicot et violette, disposés sur une surface en bois.
Gelées printanières

Légendes

  • Les fleurs de primevère seraient les clés du paradis négligemment laissées tombées à terre par saint Pierre.
  • Au pays des fées, on raconte qu’autrefois un violent combat éclata dans le ciel entre les giboulées et les êtres lumineux voulant protéger la végétation poussant sur Terre. Le Bien l’emporta et un magnifique arc-en-ciel apparut pour célébrer cette victoire. La déesse Flore qui assistait au spectacle fut si admirative qu’elle se pencha pour mieux admirer le phénomène, Mais en effectuant ce geste, elle fit tomber la clé du jardin des fées dont elle avait la garde. Quand cet objet magique toucha notre sol, il prit racine et donna naissance à la primevère.
  • La consommation permettrait à tout un chacun de voir les fées invisibles à nos yeux.
  • La primevère a beaucoup de légendes en Angleterre, où elle a entre autres comme nom « tasse de fée ». Le fait de cueillir 13 fleurs provoquerait l’apparition des fées. Et si l’on frappe un rocher avec un bouquet avec le même nombre de fleurs, les portes du royaume des fées s’ouvriront pour révéler ses trésors. Toujours 13 primevères, attachées au-dessus d’un berceau empêchaient les fées d’enlever le nourrisson. On en faisait également des boules que l’on fixait sur les portes des maisons pour se protéger des fées.
  • En Allemagne, elle guide chacun jusqu’à des domaines enchantés. Dans ces lieux, l’or et les pierres précieuses sont enfermés dans des pots recouverts de primevères. Une fois le trésor prélevé, il faut toujours reposer soigneusement les fleurs à leur place. Sinon, un chien noir suivra le voleur indélicat jusqu’à sa mort. Si durant la semaine sainte, une femme en trouvait une fleur, elle se marierait dans l’année avec son élu.
  • Elle était réputée favoriser l’inspiration et la création artistique. Ses feuilles et fleurs séchées réduites en poudre étaient placées près d’un chevalet ou d’un bureau. C’était l’amulette idéale pour l’écrivain ou le peintre.
Illustration de fleurs de primevère dans des teintes jaune et bleue, sur un fond blanc.
Ecoprint de primevères acaules

Bibliographie

-Barrau et Ely, Les plantes des fées, Terra curiosa, 2014

-Beiser R, Fleurs et fruits sauvages pour tisanes, delachaux et niestlé, 2010

-Bouvet et Scaturro, Guide des plantes sauvages en montagne, terre vivante, 2022

-Brüschweiler S, Plantes et savoirs des Alpes, monographic, 1999

-Couplan F, La cuisine sauvage, Sang de la Terre, 2018

-Couplan F, Déguster les plantes sauvages, Sang de la Terre, 2017

-Couplan F, Plantes sauvages comestibles, Larousse, 2018

-Fournier P-V, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses, Omnibus, 2010

-Hostettmann K, Tout savoir sur kes plantes médicinales des montagnes, Favre, 2001

-Lieutaghi P, La plante compagne, 91

-Luu C, 250 remèdes à faire soi-même, terre vivante, 2016

-Nicod et Lonchampt, Cueillir les pantes sauvages du Massif jurassien, Bélvédère, 2012

-Thévenin Th, Les plantes sauvages, Lucien Souny, 2012

-Wenzel, La santé par les plantes, delachaux et niestlé, 2015

-Wichtl et Anton, Plantes thérapeutiques, Tec et Doc, 2003

-Wu et Klitzner, Tisanes médicinales de Chine et d’Europe, Macroéditions, 2016

-Mes plantes médicinales, Sélection du Reader’s Digest, 1994

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