L’aspérule odorante, l’étoile parfumée de la forêt

Galium odoratum-Rubiacées

L’aspérule contient de la coumarine, une substance qui lui donne son arôme si envoûtant. Le mélilot en contient également aussi. Le mot coumarine vient d’un dialecte amérindien. Ce dialecte était utilisé par le peuple Toupis, il désignait l’arbre de la fève tonka (« kumarù », puis « coumarouna »). Ainsi l’aspérule et la fève tonka sont apparentées au niveau du goût!

L’aspérule était autrefois appelée Herba matrisilvae et Hepaticae stellatae, elle était ainsi utilisée comme hépatique et astringente.

L’aspérule a une tige quadrangulaire (carrée). Ses feuilles poussent au même niveau et sont verticillées (en rayon autour de la tige) fines et allongées. Elles forment plusieurs étages le long de la tige. Ses fleurs sont petites, très blanches, à 4 pétales soudés. Elles sont réunies en corymbes au sommet de chaque tige. Toute la plante est glabre (sans poils). Ses fruits sont petits et ronds, parsemés de poils courts en forme de crochet qui s’attachent aux poils des animaux, habits,… Lorsqu’on froisse ses feuilles, un doux parfum s’en dégage. Elle se propage par ses tiges souterraines et forme souvent des colonies assez denses.

L’aspérule peut pousser jusqu’à 1600m. Elle a besoin d’humidité, elle fréquente ainsi les forêts de feuillus ou mixtes, en lisière ou en clairière. Elle apprécie particulièrement les hêtres. C’est l’une des premières fleurs du printemps, on la trouve en mai-juin.

Il existe plusieurs sortes de gaillets. Le gaillet odorant (l’aspérule), le gaillet jaune (qui servait à cailler le lait), le gaillet blanc, le gaillet gratteron (celui qui colle aux habits..)

Gaillet aspérule et gaillet gratteron

Précautions d’emploi et de cueillette

Pour la cueillette, laisser au moins 2 étages de feuilles pour sa photosynthèse et sa pérennité. On conseille de ne pas revenir avant 3 ans sur le même site. La plante est sensible à l’arrachement, la cueillette doit ainsi être faite en douceur. Elle pousse également proche de plantes toxiques, comme la parisette à 4 feuilles, l’ancolie, le lierre, l’euphorbe des bois. Attention donc à être bien vigilant.

Attention, le séchage est délicat! La plante ne doit pas noircir! Les coumarines se transformant alors en dicoumarol, contenant de l’antivitamine K pouvant provoquer des hémorragies (ancien composant de la mort aux rats). Elle doit donc être séchée bien étalée et retournée régulièrement. Elle doit être également stockée à l’abri de l’humidité pour la même raison. Consommée en grande quantité, l’aspérule peut provoquer des maux de tête et peut être difficile à digérer. En voie interne, éviter le surdosage, car elle peut engendrer de la somnolence, des maux de tête ou des nausées. Eviter pendant la grossesse, sous traitement anti-coagulant ou en attente d’une intervention chirurgicale.

A gauche aspérule à jeter, noircie

Constituants

Coumarines, flavonoïdes, acides organique (gallique) et phénoliques (acide caféique), tannins et substances amères, iridoïdes (aspéruloside), vanilline, alcanes, vit B3, huile essentielle.

L’aspérule avant floraison

Usages médicinaux

L’aspérule serait sédative, calmante, antispasmodique et stimulante du foie et de la lymphe, digestive, diurétique ainsi que légèrement anti-inflammatoire et vulnéraire. Elle serait donc utile pour:

  • les troubles du sommeil
  • la nervosité, l’émotivité, les angoisses
  • les troubles digestifs, ballonnements, flatulences, dyspepsie
  • migraines (front), vertiges, névralgies
  • jaunisse, engorgement foie ou rate
  • conjonctivites (avec plantain et bleuet)
  • drainage lymphatique
  • petites plaies et dermatoses, furoncles, eczémas

Cela peut être une plante pour des profils de personnes effacées, avec réactions congestives, qui rougissent facilement. Elle peut se comparer en homéopathie à Pulsatilla.

On la trouve en teinture-mère, mais elle est utilisée principalement en tisane.

Tisane anti-stress:

Aspérule, aubépine, mélisse et marjolaine à parts égales.

10gr du mélange infusé 10 minutes pour 1 tasse. A boire 3x/j, 5j sur 7j, pendant max 3 semaines.

Utilisation culinaire

Le Maitrank, vin blanc avec macération de jeunes pousses d’aspérule célèbre en Alsace est une boisson fort ancienne, puisque Hieronymus Bock (botaniste allemand) la vante déjà en 1551 comme « réjouissant le coeur et désopilant le foie ».

Autres usages

Sa racine donne, comme les autres gaillets une teinture rouge. Sa cousine est d’ailleurs la célèbre garance.

Le lait des vaches l’ayant consommée serait plus savoureux.

On l’utilise également dans des sachets pour embaumer le linge et comme antimite naturel. Ou en coussins avec de la lavande et de la mélisse pour un effet somnifère.

Pour remplacer le tabac industriel, on peut faire un mélange de feuilles de menthe, tussilage, framboisier, bouillon blanc et aspérule par exemple.

Elle est nectarifère et appréciée des abeilles.

Bibliographie

-Bouvet et Scaturro, Guide des plantes sauvages en montagne, 2022, Terre vivante

-Couplan, F, Déguster les plantes sauvages, 2017, Sang de la Terre

-Fleischhauer, Guthmann et Spiegelberger, Plantes sauvages comestibles, 2019, ulmer

-Fournier P-V, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de Grance, 2010, omnibus

-Lanska, D, Plantes sauvages comestibles, 1992, Gründ

-Losch F, Les plantes médicinales, 1906, Bienne

-Morel, J-M, Traité pratique de Phytothérapie, 2017, Grancher

-Nicod et Lonchampt, Cueillir et cuisiner les plantes sauvages du Massif jurassien, 2012, éditions du Belvédère

-Peyrot, M, Le petit guide des plantes sauvages comestibles, 2019, First éditions

-Thévenin, Th, Les plantes sauvages, 2012, Lucien Souny

Une réponse à « L’aspérule odorante, l’étoile parfumée de la forêt »

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