Un trésor bien caché!
Rubus fruticosus L, Rosacées

Le terme « ronce » vient du latin classique « rumex, rumicis », qui signifie dard. On comprend bien tout de suite son étymologie!
Botanique
On retrouve la ronce ou mûrier sauvage dans toute l’Europe, où il existe plus de 1500 variétés. Elle est répandue dans presque le monde entier jusqu’à 2000 mètres d’altitude. Il ne s’agit pas de la même plante que le mûrier blanc ou noir, qui sont des arbres. Espèce pionnière, elle colonise les fossés, les décombres, les landes, les terrains dégradés ou incultes, ainsi que les coupes et les abords forestiers. Sa présence est un signe de la dégradation forestière avec lessivage et acidification du sol. La ronce contribue ainsi à la réhabilitation du terrain en l’aérant, en le faisant respirer et en l’oxygénant ce qui favorise la future vie d’arbres. Ceux-ci sont bien à l’abri des herbivores lors de leur jeunesse. Une fois ces derniers bien développés, elle leur cède la place et part conquérir de nouveaux territoires grâce à ses rameaux arqués, qui prennent racine au contact du sol par marcottages. Elle forme alors rapidement des fourrés impénétrables, protégeant ainsi une multitude d’animaux, insectes, chenilles, papillons, oiseaux, rongeurs, martres, renards, blaireaux etc. Sa grande vitalité se traduit par la capacité, en 3 mois, de ses tiges à s’étirer sur plusieurs mètres pour s’enraciner et donner naissance à de nouveaux plants l’année suivante.
La ronce, atteignant une hauteur de 3 mètres, se distingue par ses rameaux épineux et ses aiguillons très robustes. Il peut résister à des températures aussi basses que -25°C et s’épanouit pleinement en plein soleil ou à mi-ombre, pourvu que le sol soit relativement humide.
Ses feuilles ont des nervures bien apparentes et sont composées de 3 à 5 folioles imparipennées à bord dentelé. Elles sont vertes sur la face supérieure et vert clair sur la face inférieure avec une légère pilosité qui la rendent douces, surtout jeunes. Elles restent quasi tout l’hiver sur la plante. Tout est griffant chez la ronce, les tiges, les feuilles et même les pédoncules. Et ses aiguillons vont dans toutes les directions!

Ses fleurs blanches ou parfois roses, en grappes simples n’apparaissent que sur les branches âgées de plus d’un an. Le renouvellement des rameaux est donc constant, mais les vieux rameaux ne disparaissent pas. Ils sèchent et constituent une armure pour la plante et un abris convoité. Elles comptent 5 pétales et 5 sépales, trait caractéristique des rosacées et un grand nombre d’étamines et de pistil. Elles sont fortement appréciées des abeilles.
Son fruit, qui techniquement n’en est pas un mais plusieurs, la mûre, est regroupé sur le réceptacle, que l’on cueille et mange, contrairement à celui du framboisier qui reste sur la plante. Il est donc formé de plusieurs drupes (les petites boules noires, chaque boule étant un fruit contenant une graine). Il passe du vert au rouge puis au bleu foncé ou noir, mûr. Toutes les ronces ont des fruits comestibles, certains meilleurs que d’autres. Elle fructifie par contre peu en forêt, par manque de lumière. Les renards en sont très friands.

Histoire
Il est plus que probable que le fruit ait nourri les populations préhistoriques. On a ainsi retrouvé des amas de grains dans des stations lacustres. les qualités thérapeutiques de la ronce sont connues depuis l’Antiquité. Théophraste la connaissait déjà comme médicinale et Dioscoride la conseillait pour resserrer les organes trop distendus (intestins, utérus), pour consolider les gencives, aider en cas d’ulcères et les plaies vilaines et pour atténuer les douleurs des ulcères ou des hémorroïdes. Pline l’Ancien, au Ier siècle après J.-C., la vantait pour ses vertus anti-inflammatoires de l’intestin et de la bouche et Galien la préconisait dans les problématiques gastro-intestinales. Elle était utilisée souvent pour les enfants avec des crachements de mucosités, des diarrhées. Hildegarde la préconisait en cas de toux, les maux de gorge, migraines et rages de dents.
En Europe, on utilise les feuilles, tandis qu’en Amérique du Nord, suivant la pratique des Indiens, on préfère l’écorce de la racine. La racine est utilisée dans certains pays comme la Chine. Aujourd’hui, l’utilisation des feuilles, par simplicité se généralise.
La ronce jouait aussi un rôle magique: celui qui rampait sous ses branches épineuses se débarrassait de ses maladies. Contre l’eczéma, il fallait répéter le rituel 9x pendant 9 jours..

Constituants
La feuille contient des tanins (5 à 14%, gallotanins et ellagitanins, antimicrobiens), des acides (citrique et isocitrique), des flavonoïdes et acides triterpéniques pentacycliques, des pectines, des sels minéraux, vit C (90mg/100gr), bétacarotène.
Le fruit contient 85% d’eau, des glucides (jusqu’à 14%), des acides succinique, malique, citrique, oxalique, salicylique, un peu d’inosite, de la gomme, des mucilages, de la pectine, des pigments anthocyaniques (responsable de sa couleur, aux propriétés antioxydantes), vit C++ (35mg/100gr), bétacarotène, vitamines du groupe B (B1, B2++, PP+++), E+, K1++, des minéraux (potassium, magnésium++, calcium, fer++, cuivre, manganèse++, zinc).
Propriétés médicinales
Les feuilles sont astringentes, toniques, diurétiques et dépuratives, comme les fleurs et les racines. Les tanins sont antiseptiques, astringents et anti-diarrhéiques, protecteurs et asséchants cutanés, vasoconstricteurs et protecteurs vasculaires, hémostatiques. Ils sont en outre piégeurs de radicaux libres, protecteurs des membranes cellulaires vis-à-vis de la fixation des virus et empêchent leur réplication, et sont probablement aussi immunostimulants.
- tout le système digestif, astringente et anti-bactérienne grâce aux tanins. Pour l’estomac et les intestins: sur toute irritation non passagère (sinon les tanins vont apporter plus d’irritation que de bien) types aphte, gingivite, muguet, gastrite, colite, diarrhée aigue, helicobacter pilori-bonne alternative aux antibiotiques (1)-, colopathie fonctionnelle en mélange. Associer le plantain est une bonne idée.
- système respiratoire: angine virale, pharyngite, laryngite
- anti-hémorragique: règles, hémorroïdes, hémostatique en cas de griffure de ses aiguilles, froisser une feuille et appliquer
- glycémie: baisse la glycémie en cas de diabète (à associer à d’autres)
- protecteur cardiovasculaire général (les fruits grâce à leurs pigments)
- système rénal et gynécologique (calcul, infections gynécologiques ou urinaires)
- tonique retour veineux (avec par ex marronnier)
- domaine dermatologique, toujours grâce aux tanins antibactériens: plaie avec pus ou saignement, fortes inflammations,…,
Le séchage renforcerait les vertus de la ronce.
Utilisations médicinales

- Tisane: feuilles séchées pour leurs propriétés astringente et anti-diarrhéique grâce à leurs tanins (4 à 15%). Fermentées, elles ont un peu le goût du thé noir. En gargarisme, contre les inflammations des gencives, maladies de la peau. 30 à 50gr/l et 50 à 100 pour les gargarismes. ou 3 à4 gr-2cc/tasse. Il est judicieux d’intégrer la ronce dans un mélange.
- Décoction: feuilles en gargarismes ou en bains de bouche. Pour les angines, ajouter 1cc de sel (pour 250ml) et laisser dissoudre. Ne pas avaler.
- Gemmothérapie: elle favorise l’oxygénation du sang, elle redonne la vie aux tissus défectueux, cette propriété s’étendant aux poumons, cerveau, rein, utérus et aux articulations. BPCO, insuffisances respiratoires, emphysème, ostéoporose, arthrose,…
- Alcoolature: 40 gouttes.
- Sirop: contre la toux
- Elixir floral: c’est un harmonisant du mental qui permet de surmonter l’immobilisme, à prendre des décisions, mettre ses idées en pratique, et favorise le développement de talents.
- Macérat huileux: jeunes pousses avec fleurs pour redonner force et tonus en massage ou en bains de bouche contre les irritations buccales et de la gorge.
- Fruits: les fruits bien mûrs sont utiles en cas de constipation, aident à la digestion, soulagent les inflammations buccales et de la gorge, telles que les angines. Les fruits non mûrs (verts ou rouges) aident en cas de diarrhées et notamment celles de bébés, auxquels Mésségué recommande de donner un sirop moitié mûres vertes et moitié noires. On peut faire sécher les fruits.
Précautions d’emploi:
On peut sans autre en faire une cure de 3 à 4 semaines, à renouveler au besoin. Pas de contre-indications reconnues ni d’effets secondaires et d’interactions médicamenteuses, mais prudence avec la prise d’hypoglycémiants. Pas de données concernant la femme enceinte ou allaitante.
Prendre la préparation loin des repas plutôt, des prises de médicaments ou compléments, les tanins interférant avec l’absorption des nutriments.
Utilisations culinaires

- en sirop, en confiture, compote, liqueur
- cake ou gâteau, glace ou sorbet
- thé fermenté avec les feuilles ou vin fermenté avec les fruits
- les pétales en décoration
- parfume le vinaigre
- le jus des fruits comme colorant pourpre
- jeunes feuilles en salade,…
- les jeunes tiges sortant du sol, pelées et cuites peuvent être consommées à la manière des asperges ou au vinaigre
- la racine peut être cuite comme légume
Le jus de mûre a parfois servi à colorer le vin rouge.
Autres usages
Les tiges récoltées en hiver et ôtées de leurs épines servent à un usage traditionnel de vannerie. On l’a utilisé comme lien, recherché autant pour sa longueur que sa solidité, pour entraver les animaux, pour fixer les bottes de seigle des toits des chaumes, coudre des paillasses, tisser,…
Utilisée également comme additifs dans le pain lors des disettes. En Bretagne, les enfants cueillaient les jeunes pousses, les épluchaient et consommaient le batônnet obtenu, âpre mais croquant et juteux.
Les feuilles, riches en tanins, font de belles impressions végétales ou tatakizomé.

Légendes
« Deux jolies légendes parlent, l’une, de l’origine de ces épines et l’autre, des raisons qui rendent ces fruits très aqueux à partir du 11 octobre.
La première, qui vient d’Italie, conte que jadis les ronces tenaient auberge, mais durent fermer
ayant accordé trop de crédits à leurs voyageurs. Ainsi, au bord des chemins, elles accrochent tout passant pour qu’il paie comptant.
La seconde légende prétend que le 11 octobre, le diable chassé du paradis et volant à travers les airs s’écrasa sur une ronce. Rancunier, il revient chaque année, ce jour-là, pour cracher sur les mûres afin qu’elles soient immangeables ». (2)
Le mot de la fin
« Si j’ai souhaité arrêter notre chemin des herbes avec la ronce, c’est précisément parce qu’elle nous arrête bien souvent au sens propre du terme. Que ce soit pour le promeneur, le cueilleur ou l’agriculteur, désarmés devant une telle vitalité d’épines, pour le botaniste, le naturaliste souvent désarmés eux aussi devant une telle complexité d’identification, la ronce marque souvent la limite de la puissance technique et scientifique des êtres humains. Elle signale la fin du civilisé, reculant et avançant sans fin au gré de nos efforts et de nos relâchements.
Puissions-nous savoir profiter de ce temps d’arrêt imposé pour méditer, contempler, rêver, rendre hommage ou grâce à la mère de la forêt avant de reprendre notre chemin. » Thierry Thévenin
Bibliographie
-Couplan, Plantes sauvages comestibles, 2018, Larousse
-Couplan, La cuisine sauvage, 2018, Sang de la Terre
-Couplan F, Guide nutritionnel des plantes sauvages et cultivées, Delachaux et Niestlé, 2020
-Deroide, Les élixirs floraux, 2017, DevaEditions
-D’Hennezel M, Les plantes pour tout guérir, Rustica, 2015 (2)
-Doppia D, Plantes sauvages comestibles, Gründ, 1992
-Fleischhauer, Guthmann et Spiegelberger, Plantes sauvages comestibles, 2012, Ulmer
-Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, 2010, Omnibus
-Labescat, Se soigner par les plantes, 2022, Ulmer
-Ledoux, Guéniot, La phytembryothérapie, 2012, Amyris
-Lieutaghi, La plante compagne, 1991
-Luu, Les huiles de fleurs solarisées, 2013, Dangles
-Mességué, Mon herbier santé, 1976, Ex Libris Lausanne
-Morel, traité pratique de Phytothérapie, 2017, Grancher
-Thévenin, Les plantes sauvages, 2012, Souny
-Wichtl et Anton, Plantes thérapeutiques, 2003, TEC et DOC
-Wood, Traité d’herboristerie énergétique, 2022, GuyTrédaniel
-Plantes sauvages comestibles, 1992, Gründ
– (1) https://www.altheaprovence.com/ronce-murier-sauvage-rubus-spp/

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