Picea abies
En gelée de bourgeons ou en sirop contre la toux, en macération épicée ou dans son bain, l’épicéa (comme les autres conifères, sauf l’if!) a tout pour plaire!

L’épicéa ou sapin rouge, est un arbre incontournable des montagnes. On le trouve cependant aussi en plaine, en compagnie du hêtre et du sapin et plus haut du mélèze et de l’arolle. C’est l’arbre non cultivé le plus grand d’Europe, il peut atteindre 60 mètres de hauteur et vivre 600 ans. Il aime l’humidité et la lumière, mais supporte une certaine sécheresse. Sa croissance est rapide. Ses aiguilles, en tombant, forment une litière acide peu fertile, à la décomposition lente. On trouve tout de même à ses pieds de la mousse, des fougères, des myrtilliers,… Comme pour toute sa famille, des mycorhizes sont nécessaires à son développement normal. En hiver, il est en sommeil végétatif pendant 5 mois environ, ce qui lui permet de supporter des froids extrêmes. Il est capable de continuer sa photosynthèse jusqu’à -4 degrés. L’épicéa indique une zone froide, plutôt humide d’un sol calcaire rocheux, riche en humus qui ne se décompose pas faute de feuilles vertes.

Sa couronne est de forme variable, mais souvent pyramidale. Ses branches sont disposées en étages, plus elles sont grandes et plus elles sont arquées, faisant penser à un saule pleureur, ce qui permet à l’arbre de ne pas casser sous le poids de la neige. Son écorce est composée d’écailles détachables brun rouge à grisâtre. Il possède des racines traçantes en surface et en se contentant ainsi d’un sol moins profond, il est plus adapté à l’altitude que le sapin qui a des racines pivotantes. Mais il est donc plus sensible aux tempêtes. Ses aiguilles vertes légèrement piquantes rayonnent autour du rameau (elles en font tout le tour), contrairement à celles du sapin blanc, vertes et blanches, qui sont alignées sur une unique rangée. Ses fleurs femelles sont des cônes dressés, qui deviennent pendants après floraison. Les fleurs mâles jaune-orangé contiennent le pollen et sont rassemblées en de petits chatons sur les branches de l’année précédente. Les graines, protégées dans les cônes, tombent au sol à maturité.



L’épicéa est le refuge de nombreux oiseaux dont le bec-croisé des sapins, qui peut grâce à son bec ouvrir les écailles des cônes.
Il peut être sujet à la rouille ferrugineuse, et ainsi perdre toutes ses aiguilles de l’année.

Utilisations médicinales
Les jeunes poussent contiennent plus de vitamine C et de sucre que les autres parties de l’arbre. Les aiguilles ont des propriétés antiseptiques respiratoires, expectorantes, immunostimulantes, balsamiques.
- Huile essentielle
Les aiguilles possèdent une huile essentielle à monoterpènes, des acides organiques, des tanins et des phénols. L’huile essentielle issue de la distillation est riche en alpha et bétapinène, limonène et acétate de bornyle. C’est une huile peu connue, à utiliser en inhalation, diffusion et en massage. Elle a des propriétés décongestionnante respiratoire, mucolytique, rééquilibrante nerveuse, antifatigue et stimulante pour la concentration. Associée à celle de pin et diluée, l’huile essentielle en massage peut être un décontractant musculaire et anti-inflammatoire. L’huile essentielle est déconseillée chez le bébé, la femme enceinte, l’épileptique et l’asthmatique. La voir orale pure est déconseillée.
- Résine
La résine (appelée poix de Bourgogne) associée à de la cire a été beaucoup utilisée comme baume vulnéraire en cas de foulure, douleurs ou de refroidissements. Elle a des propriétés anti-inflammatoire, cicatrisante et antibactérienne. On peut également en fabriquer de l’encens naturel en mélangeant résine et aiguilles.
- Sirop
Le sirop est traditionnellement un remède hivernal.
- Infusion
L’infusion s’utilise en cas de grippe, de sinusite ou de bronchites. 1 bonne cuillère à soupe par tasse. On peut en faire également des inhalations ou des bains relaxants.
- Elixir
En élixir, l’épicéa est le symbole de verticalité et de simplicité. De par sa résine odorante, il exprime également la chaleur qui s’oppose au climat rigoureux environnant. L’élixir apporte ainsi des qualités de rigueur, de droiture et de perfection mais sans rigidité ni dureté, qui élève grâce aux forces d’amour et de compassion intérieure. Il s’adresse aux tempéraments rigides, froids, intransigeants, colériques et exprimant difficilement leur sensibilité. Il aide à vivre en pleine conscience notre destinée et donne la force nécessaire à l’achèvement des leçons et des expériences du passé, souvent non abouties par suite d’un refus de remise en question.
- Autres
L’alcoolature en friction soulage les rhumatismes et le mal de dos. Les bonbons aux aiguilles de sapin sont sucés lors d’irritations de la gorge.
La marche dans une forêt d’épicéa (sylvothérapie), riche en composés organiques volatiles (phytoncides) et en huiles essentielles apporte des bienfaits au niveau respiratoire et stimulant.
L’épicéa est considéré chez les Celtes comme l’arbre porteur de vie. Il pousserait au lâcher-prise.


L’épicéa en cuisine
On utilise les bourgeons principalement. On les cueille avec parcimonie et toujours sur les côtés (pas le bourgeon sommital) quand ils sont encore vert-clair. L’idéal étant de les récolter dans des haies, qui seront de toute façon taillés. Ils ont une saveur citronnée et sont moins amers que ceux du sapin. Ils sont riches en vitamine C, comme le citron de part leur teneur en limonène. Le cambium a été consommé, en étant réduit en poudre pour allonger la farine.
- sirop ou gelée
- liqueur (de bourgeons ou de jeunes cônes femelles)
- crème, sorbet, sauce sucrée, gâteaux ou cakes
- salade
- carottes aux bourgeons
- fromage frais aux bourgeons
- rôti de gibier, poisson
- sel ou sucre aux aiguilles d’épicéa, marinade
- moutarde, mayonnaise, vinaigre
- chocolat
- jeunes cônes en sucre


Autres usages
- Bière
On prépare depuis toujours des boissons à partir de cet arbre, de la tisane à la bière en passant par les liqueurs. Les spécialistes des bières fortes renouent avec cette tradition en utilisant les jeunes pousses et la résine pour brasser leurs bières.
- Chewing-gum
On récolte la résine solidifiée, suintant d’une blessure ou liquide lors d’un abattage. La résine très sèche, la poix, peut être utilisée comme chewing-gum, il faut la mettre en bouche et attendre qu’elle ramolisse pour la mâcher, sinon elle restera collée aux dents!
- Sculpture, ébénisterie,…
Son bois, blanc est résistant à la compression et à la traction mais s’altère vite face aux intempéries, même s’il a été très utilisé pour les anciens voiliers. Le bois aux cernes fins est utilisé pour les charpentes, la lutherie, la menuiserie ou le placage et celui aux cernes plus larges pour la pâte à papier, l’aggloméré, les tavillons des toits montagnards. Les scieries en font des pellets. En Suisse, les petites vaches sont souvent sculptées en bois d’épicéa. Le célèbre Vacherin mont d’Or est ceinturé d’une sangle en épicéa.
Mais la sylviculture industrielle en a fait des monocultures qui appauvrissent le sol et la biodiversité, et qui s’avèrent être très sensibles aux attaques des insectes et des champignons. Le sapin de Noël était souvent un épicéa, remplacé maintenant par le Nordmann qui perd moins vite ses aiguilles.

Bibliographie
-Bisseger et Siffert, La cuisine des plantes sauvages, ulmer, 2022
-Bouvet et Scaturro, Guide des plantes sauvages en montagne, Terre vivante, 2022
-Brüschweiler S, Plantes et savoirs des Alpes, monographic, 1999
-Couplan F, La cuisine sauvage, Sang de la Terre, 2018
-Deroide Ph, Les élixirs floraux, Deva éditions, 2017
-Fleischhauer, Guthmann et Spiegelberger, Plantes sauvages comestibles, ulmer, 2029
-Greiner K, Les arbres nourriciers et médicinaux, ulmer, 2019
-Lépeule I, Consoude et épicéa, Rossolis, 2019
-Nicod et lonchampt, Cueillir et cuisiner les plantes sauvages du massif jurassien, Belvédère, 2012

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