Pinus cembra L
« La forêt d’aroles est l’ornement de la montagne, elle en décore le crâne chauve de sa fourrure à l’odeur sauvage« , A. L. Schnidrig en 1935 dans le magazine Les Alpes

Botanique
L’arolle fait partie des forêts subalpines de conifères, comme les mélèzes, à une altitude oscillant entre 1300 et 2500 m. L’arole était certainement plus répandu dans les Alpes qu’il ne l’est qu’aujourd’hui, il y composait ainsi des forêts compactes et denses dont il ne nous reste aujourd’hui que peu de souvenirs. Beaucoup d’abatages, en même temps que l’extension des pâturages ont fait de l’arole un arbre plus rare.
Ce conifère doit affronter un environnement difficile. Il doit supporter des températures allant de –30 à +30° C, ce qui en fait l’essence indigène la mieux adaptée au rude climat de la montagne, là où d’autres essences peinent à survivre. Il exige cependant un sol riche en humus et profond sur un substrat pauvre en calcaire. C’est un spécialiste et il se sent à l’aise dans son milieu. Cependant, il ne possède pas la mobilité d’autres plantes moins exigeantes. L’arole ne peut occuper qu’un sol suffisamment enrichi d’humus acide. Il croît lentement. Les jeunes ne supportent ni sécheresse exagérée ni trop de soleil direct. Ainsi, tous ne survivent pas. En bien des endroits, le rhododendron ferrugineux pousse près de lui, tout comme les myrtilliers et les airelles rouges adeptes des sols acides.

A cet étage de la forêt, à l’exception du Pinus peuce (pin de Macédoine), l’arolle est le seul conifère dont les aiguilles sont groupées par cinq. Ils peuvent atteindre une hauteur de 25 mètres et un diamètre de 1,7 mètre et vivent en moyenne 700 ans. Leur bois est assez cassant. Ils peuvent être victimes des intempéries. Leur cime est souvent rompue par la foudre, les tempêtes ou les avalanches. Les branches cassent sous la charge de la neige. On voit alors surgir des pousses latérales, qui donnent à l’arbre une apparence fantomatique décharnée. Ses fleurs (produites après 60 ans de vie seulement et ne reviennent que tous les 6 à 10 ans environ!) mâles rouges produisent un pollen qui sera disséminé par les vents, les fleurs femelles sont des cônes rouges comme ceux des mélèzes qui deviendront une année plus tard des cônes mûrs. Chaque cône d’arole contient jusqu’à 150 graines pesant chacune environ 0,25 gramme.
Les conifères sont des arbres. Leurs graines ne sont pas protégées par un ovaire. Ce sont des gymnospermes (graines nues), contrairement aux angiospermes, dont leurs graines sont entourées (« les plantes à fleurs »). La plupart sont des résineux, sauf le ginko, les séquoias et les tsugas (pruche) qui contiennent des essences au lieu de résines. C’est dans cette famille d’arbres que l’on trouve une grande longévité (Mathusalem, Californie, est âgé d’environ 5000 ans), une grande taille (Hypérion, séquoia de plus de 115m, Californie), un gros volume (Général Sherman, volume de 1487m3, Californie) ou une grande circonférence (Jomon Sugi, 16,15m, Japon).

L’arolle en remèdes
Il y a peu d’indications sur l’utilisation des aiguilles de l’arolle, exceptées celles pour les huiles essentielles et hydrolat. On pourrait cependant utiliser les aiguilles en tisanes, comme celles des sapins, ainsi qu’en macérât huileux. Les constituants de l’arolle ressemblant fortement à ceux de l’épinette noire, se référer à cet arbre canadien pour ses propriétés. Je n’ai pas trouvé un seul laboratoire qui ait réalisé un macérât glycériné de bourgeons d’arolle!

Des analyses réalisées sur les aiguilles d’arolle ont permis d’identifier une multitude de substances qu’elles contiennent. Outre de la cire, de l’amidon, de l’acide ascorbique (vit C), de la chlorophylle et des caroténoïdes, les aiguilles contiennent le flavonoïde kaempférol et la pinocembrine connue comme substance entrant dans la composition de la propolis. Les deux ont un effet antiinflammatoire, cardio- et neuroprotecteur. La teneur en oligoéléments diminue avec l’âge des aiguilles alors que la teneur en calcium reste constante.
Les composés principaux de l’huile essentielle (ceux-ci protègent l’arbre contre la pourriture):
- monoterpènes (86%): alpha-pinène, beta-phellandrène, delta-3-carène, limonène, beta-pinène (stimulant, décongestionnant, cortison-like, ! dermocaustique)
- sesquiterpènes (7%) (calmant lymphotonique)
- ester (4%) (antispasmodique et inflammatoire, antalgique et sédatif)
- monoterpénol, cétone, phénol, aldéhyde, sesquiterpénol, coumarines (moins de 1%)
Indications de l’huile essentielle:
- tonique général +++, a la propriété de stimuler l’axe hypophyse-glandes corticosurrénaliennes ainsi que l’axe hypophyse-ovaires.
- anti-inflammatoire, neurotonique, antispasmodique mais aussi anti-infectieux et antiseptique (bien que la cortisone soit pro-infectieuse sur un long terme)
- balsamique++ (guérison des plaies), anti-inflammatoire
- hormon-like, cortison-like
- positivante
Indications:
- bronchite, catarrhe, sinusite +++
- mycoses et parasitoses ++
- acné, psoriasis, eczéma sec ++
- rhumatisme, arthrose ++
- asthénie, épuisements +++
- hyperthyroïdie ++
- prostatites inflammatoires++
A utiliser en cutané ou en olfaction. Déconseillée aux moins de 6 ans, en cas de grossesse et d’allaitement, irritation cutanée possible, tester dans le creux du coude.
La résine et les racines des pins étaient considérées par les taoïstes comme des potions d’immortalité. Ils les considéraient comme des remèdes « empereurs » et disaient que ces plantes alimentaient et rétablissaient l’énergie, l’essence du corps et l’esprit (Jing, Qi et Shen) de la personne. Seule condition, l’individu devait avoir atteint un certain niveau physique et spirituel car ces plantes ne peuvent agir que si ces circuits énergétiques sont fluides.
En médecine chinoise, il soutient l’énergie des reins, organes qui symbolisent la résistance aux épreuves, aux agressions et aux peurs. On renforcera l’endurance et la confiance en la vie avec cet arbre.
En astroherboristerie, les conifères sont des arbres de Saturne, planète lente qui dure et conserve et de la sagesse. Ils sont idéaux pour la période âgée de la vie. On va y retrouver des substances qui donnent de la résistance et la force de continuer.
En psycho-énergétique, l’arolle aide à clarifier les pensées, tonifie le mental et apaise les personnes irritables. C’est l’une des HE les plus féminines chez les conifères. L’arbre confère robustesse et stabilité lorsque tout s’agite à l’extérieur. Sa force tranquille donne courage, aplomb et recentre. Il offre la possibilité de se recueillir pour se retrouver.
En médecine populaire, on préparait une infusion concentrée de pives d’arolle immatures qui, ajoutée au bain, est censée apporter une détente générale et procurer un sommeil plus calme. En cas de courbatures, de crispations et de troubles névralgiques, des compresses à l’eau d’arolle (5 gouttes d’huile sur 1 l d’eau tiède) atténuaient les douleurs et permettaient de détendre les endroits douloureux. On en faisait également de l’alcool contre les rhumatismes par exemple.
L’influence de l’odeur de l’arole sur l’homme est documentée par une seule étude, elle est donc à prendre avec des pincettes! Il a été démontré dans cette étude que, dans une chambre lambrissée d’arole, le sommeil était plus profond et le rythme cardiaque ralenti. On vend actuellement, parfois à prix d’or, des oreillers remplis de copeaux d’arole.

L’arolle en cuisine
On peut utiliser les aiguilles d’arolle comme celles de l’épicéa ou du sapin. Elles possèdent par contre une merveilleuse note d’agrumes que les autres n’ont pas. En version sucrée, comme en version salée.
- sirop, gelée
- crème, panna cotta, etc
- tartelette orange et arolle curd, biscuits
- sel ou sucre aux aiguilles en poudre
- oxymel
- cake
- poulet sauce arolle
Les utilisations de l’arolle dans le Val d’Anniviers
Une tradition du Val d’Anniviers est le ramassage des « moungnètt », les pins d’arolle. Les pins d’arolle récoltés sur l’arbre ou au sol étaient mis à sécher au grenier ou sur le pierre ollaire pendant un ou deux mois. Lors des soirées hivernales, on mangeait les graines des pommes de pin en se racontant des histoires. « On met le gros côté sous les dents, on le craque avec les dents et puis on le tourne avec la langue et le bon sort. On lançait les coquilles par terre sur le plancher et on dansait dessus. Ca huilait le plancher. Et le lendemain on passait un coup de balai. » (p.187, Plantes et savoirs des Alpes).
L’arolle était beaucoup utilisé pour la fabrication de meubles et de récipients. Son bois, répandant une bonne odeur est utilisé pour habiller l’intérieur de nombreux chalets de montagne. De nos jours, le «roi des Alpes» a aussi tendance dans les magasins à se transformer en boules, bols, coques pour téléphone portable, boîtes à pain, bâtonnets d’acuponcture, coussins aromatiques, pendentifs, bougies parfumées, couvercles pour carafes, baquets de bain, chargeurs pour smartphone et bien d’autres..
Les bourgeons et les jeunes branches d’arolle ont des aiguilles très serrées. Ils se prêtaient par conséquent bien comme filtre à lait. On en faisait 5-6 boules et les plaçait dans le trou du cuvier. Le lait était alors versé dans le cuvier et passant à travers les bourgeons, il y était ainsi filtré. Les aiguilles étaient aussi utilisées comme litière pour les animaux. Les racines, lors de l’abatage d’un arbre étaient récupérées, coupées en morceaux et séchées pour être utilisées comme allume-feux. On en trouvait des fagots au marché de Sierre.
Arolle et casse-noix


Il est impossible de conclure un article sur l’arolle sans aborder le casse-noix, étant donné leur relation intrinsèque. Les graines de l’arbre constituent une source alimentaire importante pour cet oiseau, qui s’occupe alors de leur dissémination. Étant donné que ces graines sont lourdes et ne possèdent pas de mécanisme de dispersion par voie aérienne, l’arolle dépend entièrement du casse-noix pour leur propagation. Cela explique également pourquoi l’on observe rarement des cônes intacts. Ceux-ci ne tombent souvent pas naturellement de l’arbre. Le casse-noix les détache et les transporte vers une souche d’arbre mort ou l’aisselle d’une branche. Là, il les maintient fermement, les dépouillant grâce à son puissant bec. Les graines sont soit consommées immédiatement, soit cachées dans des réserves dissimulées dans des creux d’arbres, de rochers ou dans le sol, dont il oublie une partie. En hiver, il réussit à les retrouver aisément, ayant choisi des emplacements où la neige ne s’accumule pas en trop grandes quantités. L’oiseau est capable de transporter jusqu’à cent graines dans son gésier et de parcourir jusqu’à 15 kilomètres, avec un dénivelé de 600 mètres pour les déposer dans des cachettes situées bien au-dessus de la limite forestière. Au cours d’une saison, un casse-noix peut aménager jusqu’à dix mille cachettes, dans chacune desquelles il positionne jusqu’à dix graines, et il ne choisit que les plus appropriées, qu’il sait trier avec soin. Environ 80 % de celles-ci sont retrouvées, même sous la neige en hiver. Les graines non retrouvées revêtent une importance cruciale pour la survie de l’arolle, car les emplacements choisis pour ces cachettes sont particulièrement favorables à la germination. De plus, dans le cas où le casse-noix a épuisé ses réserves, l’arolle adopte une stratégie alternative : tous les 6 à 10 ans, la production de cônes atteint un tel niveau qu’il y a insuffisance de casse-noix ou d’écureuils pour consommer toutes les graines, assurant ainsi sa continuité.
Bibliographie
Fleurs alpines, Danesch E, Silva Zurich, 1969
Les conifères gardiens de notre longévité, Dubray M, 2021
Plantes sauvages comestibles, Couplan F, Larousse, 2018
Plantes et savoirs des Alpes, l’exemple du Val d’Anniviers, Brüschweiler S, Monographic, 1999
https://www.waldwissen.net/fr/habitat-forestier/arbres-et-arbustes/resineux/larole-roi-des-alpes
https://www.avogel.ch/fr/nature-environnement/engouement-pour-le-bois-arolle.php


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